Extrait du troisième tome

(p. 197)

Deux hommes descendaient les marches étroites qui menaient au sous-sol d’une maison de campagne. L’un d’eux transportait un grand miroir, tandis que l’autre, visiblement très nerveux, s’essuyait le front avec la manche de son manteau noir. Rendus en bas de l’escalier de pierre, ils traversèrent une petite pièce convenablement meublée et s’arrêtèrent devant une porte solidement verrouillée.

— Crois-tu qu’il va venir ? demanda celui qui transpirait.

— J’en suis certain !

L’homme qui tenait le miroir rectangulaire au cadre d’or sculpté dans sa main droite étira son bras libre pour frapper à la porte, lorsque son compagnon l’interrompit de nouveau :

— Le patron sait ce qu’il fait, n’est-ce pas ?

— Sans aucun doute.

— Ça peut se révéler très dangereux ?

— Pas pour lui, répondit l’homme au miroir d’un air impatient. Mais ça pourrait l’être pour toi, si tu continues à me poser ces questions stupides. Allez, laisse-moi frapper à la porte.

L’autre obéit.

Une immense pièce, faiblement éclairée par des centaines de chandelles noires, apparut. À l’intérieur, des personnes vêtues d’un manteau noir de style monacal, avec de larges manches et un capuchon remonté sur la tête, gardaient un silence funèbre. Tandis que ses yeux s’habituaient à la pénombre, l’homme qui portait l’étrange miroir s’avança au centre de la pièce, où trônait un autel en pierre. Personne ne lui prêtait attention, à part l’homme qui se trouvait au centre.

— Vous avez une heure de retard ! grogna le chef du groupe, alias « l’inconnu du parc ». Finalement, je vois que vous avez réussi à mettre la main sur le Miroir des onirismes !

— Oui, patron, répondit l’homme en le déposant près de l’autel. Les agents de sécurité du musée ne se sont pas montrés très coopératifs... mais nous avons tout de même réussi à le prendre.

— Que Dieu ait leur âme ! ajouta le froussard en riant bêtement.

Le chef le regarda sans le moindre sourire et reporta son attention sur le miroir.

— Le voici, enfin ! s’exclama-t-il en s’avançant vers le mystérieux objet.

Sans le toucher, le mage noir leva un bras et dit d’une voix grave :

Elevatio perpetualis !

Le miroir lévitait à présent au pied de l’autel de pierre. L’homme se tourna vers le groupe et déclara :

— Dans quelques minutes, il sera minuit. Notre hôte devrait bientôt nous honorer de sa présence. Je vous demande donc de bien vouloir retourner à votre place, mesdames et messieurs.

Sur ces paroles, les gens se placèrent comme prévu, avec une totale soumission, pendant que l’inconnu du parc s’allongeait nonchalamment sur l’autel, les deux bras de chaque côté du corps.

Les douze coups de minuit sonnèrent. Au même moment, une odeur de soufre se répandit dans la pièce.

— Ça sent mauvais, fit remarquer le trouillard.

— Tais-toi ! chuchota son compagnon en lui donnant un coup de coude dans les côtes. Il est ici, imbécile !

Tous se tournèrent et virent la silhouette d’une immonde bête de l’enfer qui faisait plus de deux mètres de hauteur et avait une longue queue dentelée. Un démon noir de pied en cap, avec des yeux globuleux blancs, regardant les humains présents d’un air indifférent. C’était Malphas ! Il était au fond de la pièce, flottant à la hauteur du plafond. Certaines personnes reculèrent instinctivement d’un pas, tellement la surprise était grande. Pour la plupart d’entre elles, c’était la première fois qu’elles voyaient de leurs propres yeux un démon d’aussi près. Quant au mage noir qui était couché sur l’autel, il le regardait avec contentement.

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